Faisons une petite expérience.

Imagine que tu es un jeune parisien, ou presque, puisque tu fais partie de ceux qui habitent de l’autre côté du périph’. Mauvais pour briller en société, mais bon pour ton pouvoir d’achat. Et puis, contrairement à ceux qui vivent dans l’enceinte du boulevard, tu as une vue.

Parce que tu vis à La Défense, dans une tour certes un peu moche. Sauf que ton appartement est au 19ème étage. De là, tu profites d’une vue surplombante sur Paris et ses environs. Tu peux chaque matin contempler le soleil se lever sur la capitale qui s’anime, et chaque soir guetter la nuit tomber sur la ville qui s’endort.

Justement, tu es là, derrière ta grande fenêtre, dans la chaleur de ton chez-toi, à quelques centimètres du froid glacial de l’hiver auquel tu as la chance de ne pas être confronté. Et tu observes. Tu observes chaque immeuble, chaque voiture, chaque lumière, chaque silhouette, et toutes ces petites choses qui s’agitent te rappellent que vous êtes à peu près cinq millions à vivre par ici. Quel fichu lieu serait assez grand pour parquer ensemble cinq millions de personnes ? C’est en dehors du concevable.

Qu’importe, là n’est pas le sujet de ta réflexion. Toi, tu imagines ce que tous ces gens sont en train de faire, à l’heure qu’il est. Tu t’aperçois que, comme toi, ils ont tous des problèmes, petits ou grands, qui leur occupent l’esprit. La chaudière en panne, le petit ou le parent malade, ce maudit RER qui accuse encore 3 minutes de retard, le voisin du dessus qui semble se métamorphoser en éléphant chaque soir lorsque sonnent les douze coups de minuit… Mais tous ces gens ont, surtout, un truc qui leur occupe bien plus de temps que toutes ces préoccupations réunies : un travail. Ou un boulot, un job, une affaire, une mission, appelle ça comme tu veux, l’essentiel est qu’ils font quelque chose pendant un certain temps dans le but assumé (et légitime) d’en tirer une contrepartie financière à plus ou moins long terme. Une contrepartie sans laquelle ils ne peuvent pour la plupart pas survivre très longtemps.

Tu les imagines, donc, selon ce que tu sais du monde de l’entreprise : Sonia, freelance en mission au service marketing d’Engie, participant à une réunion lors de laquelle on choisit le visuel de la prochaine campagne sur Instagram. Olivia, à la caisse du Franprix de Quai de la Gare dans le 13ème, en train de scanner son 278ème article de la journée. Anton, qui passe pour Atalian l’autolaveuse sur le quai du RER A à Châtelet. Christophe, qui prépare son intervention pour représenter les RH lors du comité exécutif de demain chez Elior. Tous ces gens, et des tas d’autres, bien plus que tout ce que tu pourrais imaginer. Chacun est en train de faire son métier, à sa manière. Tous n’en tirent pas le même degré de satisfaction.

Mais s’il y a une chose qui est commune et intangible pour tous ces travailleurs, c’est le temps. La minute d’Anton est exactement la même que celle de Sonia ou d’Olivia, il n’y a aucune différence. Et quoi qu’il arrive, chaque seconde, chaque heure, chaque semaine qui passe le fait irrémédiablement et inlassablement : personne ne peut mettre en pause le temps, l’épargner, le rejouer, ou s’en fabriquer.

Parmi ces millions de personnes, combien, de celles qui sont en âge de travailler à l’heure où tu y réfléchis, sont en train de s’éclater, pour de vrai ? Combien se lèvent le matin avec le sourire et l’empressement des enfants le jour de Noël, ne voient pas le temps passer, et rentrent chez eux le soir satisfaits d’avoir bien utilisé une bonne partie de leurs heures d’éveil ?

Si l’énergie est notre avenir, le temps est notre présent. A défaut de pouvoir l’économiser, ne le perdons pas : choisissons notre quotidien avant que d’autres ne le choisissent pour nous. C'est le moment de donner corps aux rêves depuis trop longtemps ensevelis dans des tiroirs.

Action.