Mon mari et moi sommes tous les deux des écrivains qui avons travaillés face à face sur la table de notre cuisine pendant les 10 dernières années. Essayez d’imaginer ça. Comme nous avons globalement été ensemble 24 heures sur 24, nous sommes relativement bien équipés pour vivre le confinement.

Par exemple, récemment, alors que l’on tapait sur nos claviers, Tom a poussé un « éternucri », une espèce de combinaison stupéfiante entre un cri et un éternuement.

Il y a quelques années, je lui aurais hurlé dessus. J’ai toujours été celle de nous deux qui a le sang chaud. Nos disputes sont habituellement suivies du modèle de « demande/retrait », dans lequel une personne demande de résoudre un problème (c’est moi) et l’autre arrête tout et enterre sa tête dans le sable. Plus Tom regardait son écran sans bouger, et plus ça m’énervait, escaladant la situation vers les cris et les gros mots.

Et puis on est allés voir un thérapeute de couple connu pour sa fermeté, qui s’appelle Terry Real, et qui nous a donné une règle simple pour nous en sortir. Elle a complètement changé notre relation.

Real (c’est son vrai nom) est connu pour son langage assez grossier. Alors qu’on lui expliquait nerveusement comment nous sommes tombés dans le piège de cette dynamique toxique, il écoutait, en tendant ses doigts.

« Voilà une règle que vous devez suivre à la lettre », nous a-t-il annoncé après une pause interminable. « J’aimerais que vous vous engagiez à respecter ce que j’appelle la Vie Pleinement Respectueuse ». Il nous a dit que son fondement était simple : rien que vous fassiez ou disiez à l’autre ne doit descendre sous le niveau du simple respect. C’est tout.

J’ai voulu rire (mais je n’ai pas osé). Ah, mais oui, bien sûr ! C’est si simple. Traitons nous juste l’un-l’autre avec respect !

« Ça ne veut pas dire que vous ne devez pas vous défendre », il a poursuivi. « Mais il y a une grosse différence entre agressif et assertif. Il n’y a pas de place pour la dureté dans une relation amoureuse. Pas du tout. Si vous ne tirez rien d’autre d’aujourd’hui que cette petite chose, votre mariage va changer ».

Il nous a alors donné une liste de comportements qui étaient interdits à partir de ce jour. Pas de noms d’oiseaux. Pas de jurons. Pas de moqueries. Pas de cris. Pas d’ignorance de l’autre. « Ça s’arrête aujourd’hui », il a prononcé, en nous regardant tour à tour dans les yeux. Si une dispute était en train de mijoter, on devait se demander : Est-ce que ce que je m’apprête à dire ou faire est respectueux ? Si ça ne l’est pas, ne le faites pas, a dit Real.

On a eu l’impression qu’il avait mis la barre haut, trop haut, mais c’était très simple, et facile à retenir dans le feu de l’action. Alors qu’on essayait de suivre notre nouvelle règle, on s’est rendus compte qu’on était très souvent irrespectueux l’un envers l’autre. Comment était-ce possible que je traite la plupart des gens avec courtoisie et civilité, mais pas la personne que j’aime le plus ?

Bien sûr, on n’arrive pas toujours à respecter la Vie Pleinement Respectueuse. Mais plus le temps passe avec cette règle, et plus nos accès de colère occasionnels paraissent inhabituels et surprenants.

Aujourd’hui, nous sommes confinés avec notre petite fille. Les études montrent que c’est bénéfique pour elle, de nous voir résoudre les problèmes comme de grandes personnes, plutôt que comme des enfants en maternelle. Une étude à long terme de l’Unversité de Virginie a démontré que les enfants de primaire qui voient régulièrement leurs parents être en désaccord de manière saine étaient davantage susceptibles d’y parvenir eux-mêmes. Et que quand ils devenaient ados, ils avaient 40 % de plus de chances de résister à la pression sociale quand on leur proposait de l’alcool ou des drogues.

Alors je suis soulagée que la dernière fois que Tom a poussé un éternucri et m’a fait sursauter, j’aie pris une longue inspiration au lieu de péter les plombs. J’ai décrit le problème, je lui ai dit ce que ça m’avait fait ressentir, et j’ai expliqué ce que voulais qu’il fasse. « Tes éternucris me mettent à deux doigts d’un infarctus », j’ai dit. « Je me sens éparpillée après, parce que ma concentration est détruite. S’il te plaît, arrête d’éternucrier. Je suis sûre que tu peux y arriver ».

En quarantaine, je suis tout particulièrement heureuse que l’on sache comment faire ça. Alors qu’on se concentre tous au même endroit, il est plus crucial que jamais de régler les problèmes rapidement pour éviter qu’ils ne pourrissent, avec le plus de considération possible. Parfois, quand je suis tentée de crier, je me répète quelque chose que Terry Real nous avait dit ce jour-là : il n’y a rien que fait la dureté que la fermeté aimante ne fasse pas mieux.

— Librement traduit d’après l’article Medium de Jancee Dunn