La chose la plus romantique que le mari de ma copine ait jamais faite a été de partir en vacances tout seul. Il lui a laissé la maison pour une semaine entière, pour qu’elle puisse finir sa thèse, sans aucune interruption.

Quand ma copine nous l’a raconté, elle hurlait presque. Elle travaillait sur cette saleté d’écrit depuis des mois.

Ma copine a bien utilisé sa semaine. Elle donnait ses cours, et rentrait tout de suite à la maison pour écrire. Elle faisait des petites pauses pour prendre un café ou aller marcher. Son mari ne l’accaparait pas avec des messages ou des appels. Il l’a laissée travailler, et lui a seulement parlé une ou deux fois pour lui dire qu’il ne s’était pas fait agresser et qu’il n’était pas mort dans un accident de voiture. Plus tard ce semestre, elle a soutenu sa thèse dans les temps. Ajouter ce doctorat à côté de son nom l’a remplie de gratitude.

Son mari lui a donné ce dont elle avait désespérément besoin : du temps toute seule, pour se concentrer. « Il me comprend », nous a-t-elle dit.

Ça, c’est de l’amour.

Le 6ème langage de l’amour est le plus dur

Vous avez probablement déjà entendu parler des 4 langages de l’amour de Gary Chapman. Ils décrivent les façons qu’on a de s’occuper de l’autre : des moments privilégiés, des services rendus, des cadeaux, des félicitations ou des encouragements, et le toucher physique.

Il y a juste un petit problème…

Un langage supplémentaire était là depuis le début, qui peut se résumer au besoin d’espace : « Si vous aimez quelqu’un, vous devez parfois le laisser tranquille. »

C’est contre-intuitif, je sais. Nous sommes conditionnés pour penser que si l’on aime quelqu’un, on ne devrait jamais se lasser de le voir. Alors quand l’autre dit qu’il a besoin d’espace, on le prend personnellement. On pense que quelque chose ne va pas, alors que tout va bien.

Les gens parlent le 6ème langage en permanence, sans le savoir. Ça arrive quand votre crush Tinder vous pose un lapin à la dernière minute, ou quand votre femme disparaît pendant une heure. Ils vous aiment, mais ils ne savent pas comment vous expliquer ce dont ils ont besoin. Ils se sentent coupables de vouloir du temps pour eux.

L’amour, c’est une question de limites

N’importe qui avec un côté artistique ou « intellectuel » comprend à quel point il peut être épuisant de vivre avec quelqu’un. Si vous êtes à la maison, vous êtes vu comme « disponible », même quand vous essayez de vous concentrer.

L’amour, c’est un travail 24/7, mais vous avez besoin de poser quelques limites.

Vous ne pouvez pas laisser l’amour de votre vie penser qu’il peut venir vous déranger dans la pièce où vous travaillez à chaque fois qu’il veut vous montrer un GIF de chats.

Mais vous ne pouvez pas vous enfermer toute la journée non plus.

Toujours être à portée de main

Les artistes du XXè siècle Frida Kahlo et Diego Rivera connaissaient bien ce dilemme, et c’est pour ça qu’ils vivaient dans des maisons séparées reliées par un pont. Ils se donnaient l’un l’autre l’espace et l’intimité dont ils avaient besoin. Ça allait à l’encontre de ce que tout le monde pensait à propos de l’amour, mais ils s’en fichaient.

Ils vivaient seuls, mais toujours à portée de main.

La plupart d’entre nous ne pouvons pas nous permettre de construire des maisons séparées reliées par un pont, mais on peut se servir de leur histoire comme d’une métaphore. On peut faire plus attention aux gens que l’on aime quand ils ont besoin d’être seuls, mais pas loin.

Vouloir s’accaparer tout le temps de quelqu’un, ce n’est pas de l’amour

Ceux que vous aimez raffolent de temps pour eux-mêmes. Pour lire. Pour tricoter. Pour jouer du violon. Pour peindre ou sculpter. Ou peut-être qu’ils sont le genre de personnes qui se détendent en bricolant dans leur garage.

Ils ont besoin que les gens dans leur vie leur laissent le faire, plutôt que de considérer qu’ils sont toujours libres. Attendre de quelqu’un qu’il laisse tomber ses propres passions pour regarder The Bachelor avec vous, ce n’est pas de l’amour.

C’est égoïste.

Vous pouvez user une relation avec de telles demandes. Personne ne peut être au top et exubérant en permanence.

Ça va plus loin que prendre soin de soi

Vous pourriez dire que tout ce dont on parle, c’est de retourner les 5 langages de l’amour vers l’intérieur pour prendre soin de soi. C’est vrai, mais il y a une différence entre prendre soin de vous et laisser quelqu’un prendre soin de lui.

Ça n’est jamais facile de se faire poser un lapin ou laisser tomber. Et ça malmène un peu votre confiance en vous quand quelqu’un que vous aimez depuis des années veut soudain partir seul pour quelques jours.

C’est là que le 6ème langage entre en scène. Aimer quelqu’un demande un peu de patience et d’autosuffisance de votre côté. Ça veut dire que vous le laissez partir en voyage, ou lui laissez son après-midi pendant le week-end, en sachant qu’il reviendra terre-à-terre et prêt à répondre à vos propres besoins.

Vos proches ont besoin de temps pour décompresser chaque jour

Penser que vous pouvez voir et accepter la totalité de quelqu’un si vous l’aimez est un mythe. C’est impossible. La plupart d’entre nous ne se détend plus réellement sauf si l’on est complètement seul, quand on ne se préoccupe de personne.

La solitude amène une paix intérieure que vous ne pouvez obtenir d’aucune autre façon.

Dans cette bulle sécuritaire, on baisse enfin la garde, et on aère notre esprit. On déballe et traite nos propres émotions.

On ne peut pas faire ça quand quelqu’un est à côté de nous.

Si vous aimez quelqu’un, une partie de vous est en permanence en train de se préoccuper de lui, surtout si vous partagez le même espace.

C’est doublement vrai pour quelqu’un qui souffre d’un trouble de la personnalité

Vous avez un fort besoin de solitude quand vous êtes autiste, ou même juste atypique. Ceux d’entre nous qui sont sur le spectre dépensent des mega-kilowatts d’énergie pour se conformer aux attentes sociales de tout le monde.

C’est pareil pour ceux qui souffrent d’anxiété ou de dépression.

On fait beaucoup d’efforts pour mimer les langages d’amour des autres. On a chaque jour l’impression de dancer sur une scène. La meilleure façon de nous aimer en retour n’est pas de nous offrir un cadeau ou un câlin, ni un compliment, mais juste de nous laisser respirer.

Les personnalités atypiques ont besoin du 6ème langage plus que n’importe qui

Vous connaissez peut-être une personne atypique. Regardez ce qui se produit quand elle est sur-stimulée, ou prise au piège dans une situation sociale où tout le monde ignore ses « au revoir » polis et continue à parler. Elle commence à être ennuyée par la plus petite des provocations. Elle se disperse.

Et à un moment, elle pète un plomb.

Elle peut même partir en plein milieu d’une conversation. Si vous l’aimez, même comme amie, ne dites pas qu’elle est impolie.

Laissez-la partir.

Ou mieux, apprenez à lire ses signes. Elle appréciera que quelqu’un soit capable de voir que sa jauge de socialisation est pleine. C’est comme ça qu’on aime une personne atypique : en profitant des moments que vous partagez, et en respectant son temps de recharge.

Vous pouvez lui donner ce dont il a besoin

La meilleure manière de montrer à quelqu’un que vous l’aimez est de faire exactement ce que le mari de ma copine a fait. Comprenez quand il est stressé, ou socialement fatigué. Vous n’avez pas forcément besoin de prévoir de grandes vacances.

Vous pouvez aller dans une autre pièce. Vous pouvez aller prendre un café, ou sortir avec vos amis pour un après-midi. Vous pouvez aller vous coucher un peu plus tôt, ou le laisser se coucher tard sans le faire se sentir coupable.

Dites-lui quand vous le faites, et expliquez-lui pourquoi. Vous pouvez même lui proposer un planning si ça vous aide à mieux communiquer. La chose la plus importante est de lui faire confiance, de comprendre qu’il demande du temps parce qu’il en a besoin, et pas parce qu’il ne vous aime pas assez.

Faites attention à ne pas abuser du 6ème langage

Imaginez toutes les façons dont on peut abuser des 5 autres langages. Quand on a la flemme, on offre une boîte de chocolats à la Saint-Valentin. On dit qu’on rend un service quand on fait le strict minimum.

On croit que l’amour des autres nous est acquis. Quand quelqu’un nous offre quelque chose de chouette, on ne s’en sert pas. Quelqu’un nous aide à déménager, on promet de leur payer une bière, et on ne le fait jamais.

C’est pareil pour le 6ème langage. Si vous dites à quelqu’un que vous avez besoin d’un après-midi pour vous, ne le gâchez pas.

C’est une question d’échange

La raison d’être des langages de l’amour, c’est l’échange. Quelqu’un vous donne le temps calme dont vous avez besoin, et vous lui rendez cet amour dans leur langage. Vous ne pouvez pas compter les points, mais vous pouvez faire attention et éviter de seulement recevoir tout le temps sans jamais donner. Si vous voulez tout le temps être seul, c’est un problème.

Ce pourrait n’être que le début

Nous sommes au beau milieu d’un bouleversement culturel et économique drastique, que l’on comprend encore mal. De plus en plus de gens parmi nous ne travaillent plus de 9h à 17h. On gagne de l’argent dans la gig economy. On travaille la nuit et le week-end. On dort et on mange à des horaires différents de ceux de nos partenaires.

Tout ça a et aura des répercussions sur notre façon d’aimer dans les années 2020. Ce qui a marché pour nos parents ne le fera peut-être pas pour nous. On est en train d’avoir à repenser l’amour de A à Z. Un 6ème langage, ça pourrait n’être qu’un début.

— Librement traduit d’après l’article Medium de Jessica Wildfire