Les leçons que j’ai tirées d’une année perdue après ma remise de diplômes.

Même si la dépression du diplômé n’est pas officiellement diagnostiquée comme une maladie mentale, c’est un phénomène bien réel. Vous en verrez partout autour de vous (et même dans vous). C’est invisible, et ça vous tombe dessus quand vous décrochez enfin le bout de papier tant convoité.

La période post-diplôme peut être l’une des plus déroutantes dans une vie. En tout cas, elle l’est pour moi. Presque deux ans ont passé depuis que j’ai quitté mes jours d’étudiant insouciant, et je n’ai toujours pas complètement fait la paix avec ma nouvelle situation.

En racontant mon expérience avec la dépression du diplômé et les lessons que j’ai tirées de ses épreuves, j’espère pouvoir vous aider, vous qui êtes dans la dernière année de vos études, ou qui venez d’obtenir votre diplôme.


Ce jour fatidique

Ah, la remise des diplômes. C’est un jour plein de joie et de tristesse. On fête notre victoire sur des années d’études rigoureuses, et on dit au revoir aux meilleurs moments que l’on ait jamais vécus.

Le lendemain, en revanche, est complètement différent. C’est comme une crise d’hypoglycémie au centuple. L’euphorie disparaît, et soudainement, vous êtes forcé à repenser sérieusement votre vie. Peu importe qu’on sorte d’une grande école ou d’une petite fac, on doit tous lutter pour trouver un salaire décent et un métier qui ait du sens.

Si vous considérez vos résultats scolaires comme ordinaires, alors tapez-la, on est dans la même équipe. Comme étudiant, je ne peux pas être vu comme assidu, d’aucune manière que ce soit. Mais je ne suis pas désespérément paresseux non plus. Mes notes sont correctes, et j’essaye d’être actif en dehors des cours. J’ai un peu d’expérience des organisations, puisque j’ai eu des rôles de management dans quelques activités scolaires et extra-scolaires.

Naïvement, j’ai pensé que ces qualités moyennes donneraient un résultat moyen, mais la vie ne fonctionne pas comme ça.

Vous savez peut-être à quel point il peut être difficile de trouver un bon travail, même en étant diplômé d’une école prestigieuse avec des notes incroyables et un CV impressionnant. Parfois, je me demande même si être un étudiant dévoué peut avoir un quelconque avantage pour votre carrière.

C’est là que j’ai eu ma première leçon :

La vraie vie est un jeu complètement différent de celui auquel vous jouez quand vous êtes étudiant.

Ce constat m’a frappé durement. Ne sachant pas ce que je voulais faire de ma vie ni quel genre de personne je voulais être, une longue période de dépression s’en est suivie.


La crise du quart de vie

« Ceux qui errent ne sont pas tous perdus. » – J.R.R. Tolkien

Certes, mais j’étais perdu. Pendant un an complet (voire même plus), j’ai erré sans destination claire. Ce désemparement prolongé a sérieusement affecté mon bien-être mental.

En navigant à travers ce lugubre chapitre, utiliser le modèle de la crise du quart de vie d’Alex Fowke m’a aidé. Il a catégorisé cette phase critique en trois aspects : carrière, finances et relations.

Si vous me laissez deviner, je dirais que les problèmes que vous avez en ce moment tournent autour de ces trois choses.

Ou peut-être que vous avez de soucis avec les trois, comme moi.

Côté carrière, c’était spasmodique

Naturellement, je voulais un travail qui soit une suite logique à mes études. Mais trouver une correspondance parfaite n’est pas simple, alors j’ai travaillé à droite à gauche. Voilà quelques secteurs que j’ai testés :

  • Ecrire des livres sur l’aménagement urbain avec un professeur dont j’étais proche ;
  • Essayer de lancer une marque de vêtements avec un ami ;
  • Travailler comme assistant dans un petit cabinet d’aménagement urbain ;
  • Etre stagiaire dans une startup de l’éducation, organisant des cours de développement de carrière pour jeunes actifs ;
  • Rejoindre un consultant créatif nouvellement installé, en tant que stratège.

Comme vous pouvez le voir, il y en a pour tous les goûts. Le point commun entre tous ces jobs, c’est que j’étais soit indépendant, soit freelance, soit en contrat de travail temporaire dans des petites entreprises.

En clair, aucun ne ressemble à un « vrai job ».

Même s’ils m’ont donné beaucoup d’opportunités, les compétences que j’ai acquises dans ces emplois étaient essentiellement expérimentales : je n’avais que ma recherche personnelle et mon expérience pour savoir comment les faire, ce qui a mené à beaucoup de tâtonnement. Et quand bien même, je ne suis pas sûr que je fais les choses de la bonne façon vis-à-vis des bonnes pratiques de l’industrie.

Au bout du compte, j’ai l’impression d’avoir vraiment besoin d’essayer de travailler dans une entreprise mature, avec un système établi, qui reprend les schémas classiques du travail. Ne pas avoir ce « vrai job » me laisse penser que j’ai seulement perdu mon temps, peu importe les apprentissages accumulés.

La leçon à en tirer :

Votre environnement importe bien plus que vous ne le pensez.

Trouvez l’environnement de travail dans lequel vous pouvez le plus évoluer, et restez tant qu’il y a du savoir à prendre et à donner. C’est bien d’explorer, mais sachez quand vous en avez assez. Ne perdez pas votre temps avec des expériences inutiles.

Ce qui nous amène aux finances

Ces projets en freelance aléatoires et ces stages presque non rémunérés étaient ma principale source de revenus, et comme vous l’avez sans doute déduit, elle n’était pas du tout suffisante. J’ai vécu avec moins que le SMIC pendant plus d’un an.

J’ai toujours eu un style de vie frugal, alors être pauvre ne me dérange pas. Par contre, comme je suis le plus grand d’une fratrie de quatre, je ressentais le besoin de supporter financièrement ma famille, et ne pas pouvoir le faire a fait beaucoup de mal à ma conscience.

Mes parents insistaient pour m’envoyer de l’argent chaque mois, parce qu’ils ne voulaient pas que leur fils meure de faim. Je me disais que si je prenais mes aises avec cet argent, je n’en serais jamais libre. Mais je ne pouvais pas non plus leur rendre, parce que ça les aurait blessés. Au final, j’ai décidé de recevoir l’argent, mais d’en investir chaque centime dans des assurances-vie, pour ne pas pouvoir m’en servir pour mes dépenses quotidiennes.

Pour le loyer, la nourriture et les autre dépenses nécessaires, je me suis débrouillé avec le peu de revenus que j’avais. Bien sûr, mes choix étaient limités. J’ai adopté un style de vie minimaliste sans même savoir ce qu’étais le minimalisme. Honnêtement, de la façon dont je vivais à l’époque, j’aurais tout aussi bien pu être moine.

Et voilà la leçon que j’en ai tirée :

Des circonstances difficiles font un homme fort, même quand ces circonstances sont artificielles.

Même si j’avais la possibilité de vivre de la charité des autres, j’ai choisi de ne pas le faire. Ça peut vous avoir l’air d’un stupide problème de riches, mais je pense que c’est nécessaire. Comme on dit, un porte-monnaie vide et un estomac affamé peuvent vous apprendre les meilleurs leçons de votre vie.

Oh, et ce truc compliqué des relations

Si les amis que vous vous êtes faits à l’école ont l’air d’être pour la vie, au fil du temps, ils vont s’éloigner de vous et devenir occupés par leurs propres vies. Plutôt que de vous apitoyer là-dessus et de risquer d’empirer votre dépression, vous devriez le prendre comme un signal vous demandant de vous concentrer sur la construction de votre propre vie, et trouver de nouvelles communautés.

Par contre, une fois sorti des études, il devient plus difficile de construire de véritables relations. Tout le monde a l’air de ne s’intéresser à vous que si vous pouvez être utile. Soudainement, la vie sociale devient transactionnelle. Ce problème est exacerbé dans les rencontres amoureuses, parce qu’une fois diplômé, vous n’allez faire que vous approcher de l’âge normal pour le mariage.

Pour être honnête, j’en ai assez de la culture romantique moderne. Dites que je suis old-school, mais je préfère rencontrer les gens dans la vraie vie. Même si les apps de rencontre et les réseaux sociaux nous donnent une façon efficace de trouver de potentiels partenaires, elles sont saturées d’un jeu de validation psychologique. Les swipes, les matches, les likes, les commentaires et tout le reste sont des moyens de récolter de la validation à sens unique, et pas de se connecter.

Les interactions en ligne ont aussi rendu beaucoup plus facile de disparaître brutalement, d’où l’épidémie de ghosting. Parfois, je m’en rends moi-même coupable (et je regrette ces erreurs), mais j’ai l’impression que beaucoup de gens ne se rendent pas comptent que c’est une façon horrible de traiter quelqu’un. Si vous ne voulez pas continuer à voir une personne, ne devriez-vous pas au minimum avoir la courtoisie de le lui dire ?

Ce qui m’a le plus surpris à propos de ce comportement, c’est qu’il n’est pas seulement adopté par des étrangers sur les plateformes en ligne. Le ghosting peut aussi être fait par des gens (que vous pensiez être) proches de vous. Et c’est celui-là qui fait le plus mal.

Cette leçon, je l’ai apprise à mes dépens :

Les relations authentiques doivent être précieusement chéries.

Vous devriez apprendre à différencier les vraies relations des fausses. Gardez les vraies et jetez les fausses, en vous rappelant que votre famille et vos amis sont votre plus grand trésor. Assurez-vous de les traiter en conséquence.


Vers l’incertitude

Même si l’écoulement du temps peut sans aucun doute aider à résoudre ces problèmes, ils sont toujours présents dans ma vie aujourd’hui. Je continue juste à les gérer du mieux que je peux.

Je n’ai toujours pas trouvé le travail de mes rêves, une source de revenus stable, ou des relations suffisamment authentiques. Par contre, je ne reste pas immobile. Je continue à aller de l’avant, à faire ce que je peux pour m’approcher de mes objectifs.

Pour lever mes inquiétudes, je me répète souvent cette phrase :

Ton jour est ta vie.

Vivez votre vie un jour à la fois, et ne vous attardez pas sur le passé ou le futur. Même si c’est l’un des conseils les plus clichés que j’aie jamais reçu, il m’a terriblement aidé : Faites confiance au processus.

Cette année est passée sans que je m’en aperçoive, et maintenant, ce temps est perdu pour toujours. La meilleure façon de lui faire honneur, c’est d’arrêter de ruminer dans la pénombre, et d’essayer de donner du sens à cette expérience.

J’espère que vous avez trouvé quelque chose ici qui vous a aidé à soulager votre propre dépression du diplômé.

— Librement traduit d’après l’article Medium d’Aushaf Widisto