Et le remède contre ce qui vous gêne réellement se trouve dans un slogan publicitaire que vous connaissez bien

Je ne vous connais pas, mais je sais ça : vous avez accès à Internet, et assez de temps pour en passer un peu à lire.

Ça peut sembler évident, mais ça me dit déjà deux choses importantes à votre propos : la première, c’est que vous êtes dans la moitié haute de la distribution des richesses dans l’humanité (l’autre moitié du monde n’est pas encore connectée), et la seconde, puisque vous êtes ici, c’est que vous menez très probablement une bataille humaine très contemporaine. Vous avez sans doute déjà les basiques : à manger dans votre assiette, et un toit sur votre tête. Vous essayez de battre des ennemis plus abstraits : la paresse, l’ennui, le doute de soi, la procrastination…

En fait, tous ces concepts sont une seule et même chose. Et il n’y a qu’une façon de lutter contre elle.

Vous n’êtes pas paresseux. Vous n’êtes pas ennuyé. Vous n’êtes pas démotivé. Ce que vous êtes, ce qu’on est tous, c’est effrayé. Et le meilleur conseil pour surmonter la peur, c’est la phrase bateau de trois mots que Nike a transformé en le slogan marketing le plus fructueux de tous les temps : Just do it.

Vous n’êtes pas démotivé

« Je ne suis pas motivé » n’est jamais la vérité. Pas motivé pour faire quoi ? Travailler ? Dans ce cas, n’êtes vous pas motivé pour éviter le travail ? Chaque action humaine est toujours provoquée par une motivation, que ce soit l’argent, le bonheur, la paix, ou satisfaire votre conscience. Votre motivation n’est probablement pas toujours évidente, mais elle est toujours là.

Si vous détestez chaque seconde de votre journée de travail, vous n’êtes pas démotivé à l’idée de changer de boulot. Mais si vous ne l’avez pas fait, c’est que quelque chose vous retient. Pour une quelconque raison, vous avez l’impression de ne pas pouvoir faire ce changement. C’est trop difficile, ça demande trop d’effort, ça vous rend trop vulnérable face au rejet. Alors vous n’essayez même pas. Mais c’est tout à fait différent de la démotivation, et c’est seulement le signe qu’il est temps de vous intéresser à ce sentiment.

Vous ne vous ennuyez pas

Un jour, j’ai lancé une conversation sur Tinder avec une femme qui était scrum master et physiologiste. Elle était en école de commerce, mais en vérité, elle voulait étudier la mode et lancer sa propre entreprise dans le domaine. Pour faire court, elle était fascinante.

Quand je lui ai demandé pourquoi elle utilisait l’app, elle m’a dit le plus gros mensonge du monde « Je m’ennuie. »

Comment je sais que c’était un mensonge ? Parce que plus personne ne s’ennuie plus jamais. Il n’y a aucune raison de le faire. La plupart d’entre nous ne choisit même pas d’essayer. Nous sommes 100 % connectés, 100 % du temps.

On fait juste semblant de s’ennuyer pour pouvoir continuer à remplir nos journées de distractions inutiles, comme la petite conversation sur Tinder, jsute parce qu’on sait ce qui se cache derrière l’immobilité : la peur existentielle. Passez la porte de l’ennui, et c’est ce que vous trouverez.

Le grand scientifique et mathématicien Blaise Pascale a un jour dit : « Tous les problèmes de l’humanité viennent de l’incapacité de l’Homme à rester assis seul silencieusement dans une pièce. » Vous ne vous ennuyez pas. Vous êtes terrifié d’être seul avec vous-même dans votre propre tête.

Vous n’êtes pas paresseux

La paresse est le bouc-émissaire de toute personne qui essaye de capitaliser sur votre prétendu ennui. « Tu ne t’ennuies pas, tu es juste ennuyeux ! », vous disent-ils. Vous avez besoin d’une passion, d’une vocation, ou d’un abonnement à la salle de sport à 250 € avec un régime alimentaire personnalisé.

Ça aussi, c’est une absurdité. La paresse, comme l’ennui, n’existe pas. Comme l’explique le professeur de psychologie Devon Price, « personne ne veut se sentir incapable, apathique ou inefficace. Si en regardant l’action (ou l’inaction) d’une personne, vous ne voyez que de la paresse, il vous manque des détails importants. » Ce qui ressemble à de la paresse ou à de l’auto-sabotage, dit-il, est presque toujours autre chose : un manque de confiance en soi, un besoin non assouvi…

Encore une fois, ce n’est pas un manque de motivation ou une inexplicable réticence à l’action qui bloquent votre chemin vers la réussite et le bonheur. Ce sont les barrières invisibles dans votre tête qui vous font trébucher, parfois sans même que vous ne bougiez.

Traiter les symptômes

Paresse, ennui et procrastination sont tous des symptômes de la même maladie.

Un jour, mon père m’a raconté cette histoire : un collègue conduisait pour se rendre à un rendez-vous avec un client. Pendant qu’il doublait un camion, le camion s’est déporté sur sa voie. En voyant sa voiture se faire écraser du côté passager et se compresser dans sa direction, ses instincts primaux se sont déclenchés. En laissant sortir un cri du plus profond de ses tripes, il a cassé le levier de vitesse de sa boîte automatique, avec une seule main.

On ne parle pas de casser un bouton sur votre radio. On parle d’une pièce épaisse, difficile à casser. C’est ça, le pouvoir de la peur. Elle peut vous faire faire des choses inimaginables.

Maintenant, imaginez utiliser le même pouvoir contre votre esprit au lieu de votre environnement. C’est ce qu’on a tendance à faire quand on doit faire face à des difficultés : on prend cette source incroyable de puissance brute, et on la tourne contre nous-mêmes. On le fait en fabriquant et en traitant de puissants symptômes, comme la paresse et l’ennui. Plutôt que de voir tout le monde casser les leviers de vitesse des voitures, on voit les gens regarder leurs téléphones dans le métro, procrastiner avant une deadline en bingeant des séries TV, ou se laisser emporter dans des batailles débiles sur les réseaux sociaux. On a tous peur de quelque chose, on choisit chacun sa façon de traiter cette peur.

Le chien qui ne s’arrête jamais de vous poursuivre

Le nombre de choses dont vous pouvez avoir peur est infini.

Vous avez peur de mourir jeune dans un crash aérien, ou un braquage, ou une catastrophe naturelle, ou un nouveau virus, même si les statistiques indiquent clairement que ça ne vous arrivera pas. Vous avez peur d’être seul à cause de la peur existentielle, mais aussi parce que ça a l’air bizarre dans le regard des autres, et parce que si ce n’est pas vos parents, ce sont vos amis qui vous demandent pourquoi vous êtes encore célibataire.

Vous avez peur d’écrire le premier chapitre de votre livre, parce que qui pourrait croire qu’il va marcher ? Mais vous avez aussi peur de perdre 10 heures de plus à regarder Game of Thrones, surtout maintenant que vous avez déjà vu toute la série deux fois.

Vous avez peur de ne jamais être riche, mais pas autant que vous n’avez peur de perdre ce que vous avez déjà.

Je pourrais continuer toute la journée. Peur de l’échec, peur de la réussite, peur d’avoir l’air bête, peur de perdre quelque chose ou quelqu’un, peur de la peur, peur de perdre du temps, peur de ne pas être assez bien, assez intelligent, assez attirant.

Pour lutter contre toutes ces peurs, vous pourriez acheter un nouveau livre d’un nouveau guru chaque semaine, collectionner des tas de suppléments alimentaires probablement placebos, tester plein de systèmes d’organisation, de devises et de bonnes résolutions. Ou, vous pourriez vous réveiller et réaliser que toutes ces peurs ne sont qu’une seule et même chose. La peur est la même sombre créature qui nous a toujours tourmentés, et qui va continuer à inventer de nouveaux tours à nous jouer jusqu’à la fin des temps. Vous devez trouver un moyen de vivre malgré elle.

Ce chien va continuer à vous poursuivre jusqu’à votre mort. Et parfois, il va vous gonfler. Mais vous devez continuer à courir. Pour toujours. Le jour où vous arriverez à la lumière blanche au bout du tunnel, je veux que vous regardiez derrière vous et que vous fassiez un gros doigt d’honneur au chien.

Le remède

Je ne suis pas plus qualifié pour parler de la peur que n’importe quelle personne que vous croiseriez dans la rue. Je n’ai pas de diplôme de psychologie, ou même de quelconque formation pour l’écriture. Mais, comme vous, j’ai vécue avec la peur toute ma vie. Et, d’une manière ou d’une autre, je suis quand même arrivé à un stade où j’ai un travail que j’adore, plein de temps à utiliser comme je veux, et un certain bonheur. J’ai mes propres problèmes à résoudre, mais tout va bien quand je vis la vie jour après jour. Et c’est tout ce qu’il y a à faire. Battre le chien encore et encore. Et encore.

Mon thème de l’année, c’est la concentration. Dans tous les domaines de ma vie, je fais de mon mieux pour me concentrer sur ce qui compte vraiment : les projets, les gens, comment je gère mon temps et mon énergie.

Et la seule chose qui m’ait aidé à revenir à la charge tous les jours malgré la peur, c’est le fameux slogan un peu pénible de Nike : Just Do It.

Parce que mis à part le fait qu’il est on-ne-peut-plus évident, il est aussi universellement et irrémédiablement vrai. « Just Do It », ça n’est pas une solution élégante. Ce n’est pas dédaigneux ou snob, c’est énergisant et humble. C’est la motivation. L’inspiration. L’action. L’énergie.

Les gens ne se rendent pas compte de la profondeur de ce slogan. « Si c’était si facile, tu ne penses pas que tout le monde ‘juste le ferait’ ? » Non, non, non. Ce n’est pas de ça qu’il s’agit. C’est d’un truc que Marc Aurel s’est dit il y a 2000 ans qu’il s’agit : « Vous devez construire votre vie action par action, et être satisfait si chacune atteint son objectif, aussi loin que possible. Et personne ne peut vous en empêcher. » Si tout ce que nous faisions était de nous concentrer sur la tâche en face de nous, on remplirait 99 % de nos objectifs, voire plus. Bien sûr, on aurait toujours à s’arrêter pour réfléchir de temps en temps, et tous les objectifs ne vaudraient pas forcément le coup, mais on y arriverait.

C’est tout ce qu’il y a à savoir. C’est la stratégie tout entière. Vous n’avez pas le temps de penser à la globalité quand vous êtes en train de faire. Et je ne vous parle pas de courir dans tous les sens toute la journée comme un rat dans un labyrinthe. Je vous parle de constamment vous impliquer et vous reconcentrer sur la tâche en cours.

« Just Do It » comme une stratégie

Une stratégie, c’est une approche à long terme pour obtenir ce que vous voulez. C’est un ensemble de comportements que vous vous engagez à tenir, un jeu de principes que vous ne voulez pas violer.

Utiliser « Just Do It » comme une stratégie, comme le système d’exploitation de votre vie, ça signifie vous engager à trouver des solutions par vous-même. Vous poursuivez vos objectifs sur la base de ce en quoi vous croyez. Si vous pensez que l’art devrait être gratuit, alors créez de l’art gratuitement et trouvez des sponsors ou des donateurs. Si vous ne croyez pas au télétravail, louez des bureaux et embauchez localement.

« Just Do It » est le meilleur conseil, puisque c’est le seul conseil qui fonctionne.

« Just Do It » n’est sans doute pas parfait, mais au moins, tout est clair dès le début. Oui, ça n’est pas très précis, mais vous avez aussi tout ce dont vous pourriez avoir besoin pour trouver des réponses vous-même. Vous allez faire plein d’erreurs, mais puisque personne sur cette planète ne peut vois donner les réponses exactes aux questions créées par votre propre environnement, choisir par vous-même et continuer à avancer n’est pas seulement la meilleure chose à faire mais la seule chose à faire.

« Just Do It » comme une tactique

Une tactique, c’est un plan d’action à court ou moyen terme qui vous aide à appliquer votre stratégie. « Just Do It » comme une tactique, c’est refuser de laisser les tracas du quotidien vous atteindre, en vous concentrant sans relâche sur la prochaine action la plus petite possible sur laquelle vous ayez le contrôle.

Votre patron n’a pas aimé votre présentation ? Pas de problème, refaites-la et montrez-lui à nouveau. Vous n’avez plus de clients et votre business en freelance n’a jamais vraiment décollé ? Pas de souci, fermez-le et recommencez à zéro. On vous a ghosté sur Tinder ? Ok, supprimez l’application et essayez un autre moyen de rencontrer du monde. Plus vite vous arrivez à vous recentrer après avoir terminé ou raté quelque chose, mieux c’est.

Encore une fois, je ne dis pas que vous ne devriez jamais vous reposer, ou que vous ne devriez jamais avoir des moments où le chien est face à vous et vous regarde droit dans les yeux. Ce que je dis, c’est que si vous vous contentez d’avancer du mieux que vous pouvez, vous vous sentirez plus en confiance pour le gérer quand ça arrive.

Faites-vous une promesse

Vous n’êtes pas démotivé. Vous n’êtes pas paresseux. Vous ne vous ennuyez pas. Vous avez peur. On a tous peur. Et pourtant, on est toujours là. Alors chaque jour, choisissez d’être là. Choisissez d’avancer.

— Librement traduit d’après l’article Medium de Niklas Göke