C’est l’heure d’arrêter de vivre pour attendre le week-end.

Pour moi, le parfait samedi matin implique de me lever tôt. Pas terriblement tôt, mais juste assez pour que le matin soit encore frais. J’habille mon fils, et on part faire une longue balade avec la poussette pendant que ma femme prend son sommeil bien mérité.

En prenant notre temps, on marche quelques kilomètres pendant que le soleil se lève, avant de rentrer à la maison. Je fais quelques pompes sous le porche avant d’entrer (mon fils essaye du mieux qu’il peut de faire pareil). A cette heure, ma femme est levée, et on prend un bon petit déjeuner tous ensemble, en famille. Des oeufs des poulets qui picorent l’herbe et les vers de terre autour de la ferme juste derrière notre maison, et quelques restes de la semaine qu’on fait chauffer dans le four.

Il n’y a rien de prévu dans l’emploi du temps ou le calendrier pour la journée. C’est samedi, après tout, et personne d’autre ne travaille. La maison est calme. Le téléphone n’a pas sonné une seule fois. Je monte à l’étage dans mon bureau, et m’assieds pour quelques minutes, avec mon journal. A ce moment-là, inspiré par le calme et la tranquillité de la journée, j’écris un peu. Rien de très fatiguant, rien qui ne ressemble à du travail difficile, juste quelque chose d’agréable. Quelque chose comme cet article. Des pensées sur un sujet qui me trottait dans la tête pendant la semaine. Ou peut-être que je reprends juste mes notes sur un livre que j’ai lu il y a longtemps et dont je voudrais me souvenir.

Quand je redescends, une heure ou deux plus tard, j’ai la meilleure des sensations. Ce que je viens de faire, c’est du bonus. Je ne me suis pas senti forcé, mais c’était quand même un accomplissement. Et devinez quoi ? Il me reste encore toute la journée devant moi.

C’est notre journée, et celle de personne d’autre. Elle n’a pas de but, ni de vraie structure.

Parfois, on va en ville. Ou on traîne autour de la maison. Ou on part faire du shopping. Ou on joue dans le jardin. On a la satisfaction de terminer quelques petits projets qui étaient là depuis un certain temps. On regarde le football américain à la télé. Ou un film. On lit des livres. On saute dans la piscine. On va au zoo ou au supermarché. On va chercher du foin pour les vaches, ou on leur donne à manger. On va à la salle de sport, ou on court au parc. Ou on fait ce qui ressemble à « rien du tout » pendant un certain temps.

C’est notre journée, et celle de personne d’autre. Elle n’a pas de but, ni de vraie structure. Et tout ce qu’on y fait est un choix. Pas d’agitation. Pas de course. Pas d’obligations. Juste de la présence dans l’instant, et de la tranquillité.

Enfin, c’est ce à quoi ressemble mon propre parfait samedi. Le vôtre est peut-être très différent. Peut-être que votre matinée est plus tournée vers les loisirs, ou peut-être que vous prenez un brunch avec des amis. Peut-être qu’il y a un tour de vélo de 60 kilomètres, ou des centaines de pages de papiers scientifiques à lire. Peut-être que le concept d’un « parfait samedi » ne vous a jamais traversé l’esprit parce que vous travaillez le week-end. Peut-être que votre samedi est en fait un mercredi, votre seul jour de repos, je n’en sais rien. Mais si vous avez un jour de repos, il est à vous. Et il devrait être ce que vous voulez qu’il soit, peu importe ce que c’est.

Comme dit Callie Oettinger :

« Vous n’êtes pas obligés d’en faire beaucoup chaque jour, mais vous devez faire quelque chose »

Quelque chose. Chaque jour.

Mais qu’est-ce que c’est que ce quelque chose ?

Quand vous saurez ce qu’est ce quelque chose, vous aurez soudainement le pouvoir, la clairvoyance et le contrôle. Vous saurez à quoi dire oui. A quoi dire non. Vous saurez qui vous êtes et ce autour de quoi votre vie doit être construite.


Personne ne peut construire sa vie autour des vacances. Les vacances, ce n’est pas la réalité. Elles coûtent de l’argent. Elles se passent quelque part, loin de là où vous vivez. La vie ne peut pas être remplie du jour de votre plus grande réussite non plus. Etre Zidane qui gagne la Coupe du Monde, tous les jours, ce serait fatiguant. C’est très bien, mais une seule fois.

Ce dont on a besoin, c’est de quelque chose de soutenable à long terme. Quelque chose d’équilibré. Quelque chose de délibéré, sans être forcé. Qui ait du sens, sans être obsédés par la productivité. On a besoin de quelque chose comme un super samedi (ou l’un de ces lundis dont on ne sait pas s’ils font partie d’un week-end prolongés, où l’on travaille juste assez pour qu’ils soient productifs, mais pas assez pour que ce soit une corvée).

Ce qui est drôle, c’est que même si j’apprécie ces jours-là, ils sont fugaces et rares. Pourquoi est-ce que je laisse mon mercredi être pourri ? Pourquoi est-ce que je remplis mon mardi de réunions que je ne me rappelle pas avoir acceptées ? Ou d’appels téléphoniques auxquels je dois répondre ?

Une partie de la réponse est que oui, je dois gagner ma vie. Mais la vérité, c’est que mon meilleur travail ne vient jamais de ces journées pourries. En fait, l’idée d’un livre que je vends actuellement m’est venue pendant l’une de ces longues balades. Et c’est ça qui paye ma maison, pas les emails auxquels je passe tant de temps à répondre.

« Vous pourriez être bien aujourd’hui », a écrit l’empereur romain Marc Aurel, « mais vous choisissez demain à la place ».

Plus tôt, j’ai dit que ces samedis étaient le genre de jours autour desquels construire une vie. Je pense que l’erreur que font beaucoup de gens est d’essayer de construire une vie dans leur direction.

« Everybody’s working for the weekend. » – Loverboy

Exactement. Les gens pensent qu’ils doivent vivre une vie qu’ils ne veulent pas pendant longtemps pour qu’un jour, dans un futur lointain, ils puissent vivre la vie qu’ils veulent. Ils doivent gagner des millions, ou devenir célèbres, ou gagner au loto. Ce jour-là, ils pourront faire ce qu’ils voudront…

J’ai toujours trouvé mieux de penser à ce à quoi je veux faire ressembler ma vie ordinaire. Après ça, j’essaye de prendre des décisions basées sur une métrique simple : me rapprochent-elles ou m’éloignent-elles de ça tout de suite. Une super opportunité professionnelle ? Je vais y réfléchir. Mais si ça veut dire que je dois déménager ma famille à Paris, porter un costume toutes les jours, et être sous les ordres de quelqu’un d’autre, non merci. Ah, je pourrais gagner bien plus d’argent en investissant dans des startups ? J’aime bien cette idée. Mais si ça veut dire que je vais avoir à lire des tonnes de pitch decks et assister à plein de réunions, vous savez quoi, laissez tomber.

Je crois profondément que la durée de notre vie est hors de notre contrôle. Je ne suis pas à l’aise quand j’échange mon présent contre un futur incertain. « Vous pourriez être bien aujourd’hui », a écrit l’empereur romain Marc Aurel, « mais vous choisissez demain à la place ». Cette citation me hante autant qu’elle m’inspire. Et elle fait beaucoup des deux.

Vous allez me dire : « N’est-ce pas une façon privilégiée de vivre ? Ça doit être génial de n’avoir à travailler que quelques heures par jour ». Oui, je me sens en effet très privilégié en ceci que mon bonheur est très peu cher. Mon jour idéal ne me demande pas de devenir riche ou puissant ou important. Il demande juste que je sois assez bon à quelque chose pour vendre mes services et assez fort pour dire non à ce qui est au-delà de mes besoins. C’est un privilège, et il est bien plus accessible qu’on ne le croit. Il y a plein de milliardaires qui ne l’ont pas, et plein de gens normaux qui ne l’ont jamais perdu.

La poète Héraclite a dit : « Un jour est égal à chaque jour ». Aujourd’hui pourrait être ce jour incroyable pour vous. Aujourd’hui pourrait être ce que vous voulez faire de votre vie. Vous devez juste décider qu’aujourd’hui est ce jour. Ou plutôt, arrêter de décider qu’il ne l’est pas.

— Librement traduit d’après l’article Medium de Ryan Holiday